Harpman, Jacqueline


Oeuvres

Biographie

Jacqueline Harpman est une psychanalyste et écrivain francophone belge, née à Etterbeek le 5 juillet 1929 dans une famille d’origine juive.

En 1940, suite à l’invasion de la Belgique par l’Allemagne nazie, la famille s’expatrie au Maroc, à Casablanca. Jacqueline Harpman y passera toute la guerre, jusqu’à ses 16 ans. Durant cette période, une partie de sa famille est déportée à Auschwitz, d’où ils ne reviendront jamais.
Au Maroc, Jacqueline Harpman ne peut pas entrer au lycée français, à cause de ses origines juives. Elle entre donc au Collège de Meir-Sultan de Casablanca, où elle étudie notamment l’anglais et l’arabe. Elle se passionne aussi pour la grammaire, la syntaxe et la littérature grâce à son professeur de français, Melle Barthes.
Après la guerre, elle rentre en Belgique. Elle terminera ses humanités au lycée de Forest.
Elle commence alors des études de médecine à l’Université Libre de Bruxelles. Elle doit interrompre ces études lorsqu’elle est atteinte de tuberculose. Elle passe alors 21 mois en sanatorium à Eupen. Durant cette période, elle lit beaucoup, et commence à écrire. En 1952, elle reprend ses études de médecine. En 1953, elle rate ses examens à cause d’une appendicite.
En 1958, elle termine son premier roman, L’apparition des esprits. Celui-ci sera publié en 1960.
En 1959, elle publie Brève Arcadie chez l’éditeur René Julliard. Cet ouvrage lui vaudra le Prix Rossel cette année-là. Dès ce moment, elle décide de se consacrer exclusivement à l’écriture, aussi bien de romans que pour le cinéma, la radio ou des critiques théâtrales.

En 1965, elle termine son troisième roman, Les bons sauvages. En 1966, René Julliard décède, remplacé par Christian Bourgois. Les bons sauvages passe inaperçu. Dégoûtée, Jacqueline Harpman renonce à l’écriture et entame des études de psychologie à l’ULB, études à l’issue desquelles elle travaille un temps comme psychothérapeute à la clinique Fond’Roy. Elle s’intéresse de plus en plus à la psychanalyse.

A la fin des années 80, elle recommence à écrire et publie successivement La mémoire trouble en 1987, La fille démantelée en 1990, La plage d’Ostende en 1991, La lucarne en 1992, recueil de nouvelles dans lesquelles elle revisite notamment les mythes de Marie, Antigone et Jeanne d’Arc, Le bonheur dans le crime en 1993, Moi qui n’ai pas connu les hommes en 1995, Orlanda en 1996 et L’orage rompu en 1998. Orlanda lui vaudra le prix Medicis en 1996.
Dans tous ces ouvrages, on sent, derrière l’écrivain, l’apport de la psychanalyste. Dans une longue interview publiée en 2011 sur le site www.psychologies.be, Jacqueline Harpman explique:

« L’écriture n’est pas une autoanalyse, c’est une grave erreur de le penser. Ce sont les autres, ceux qui vous lisent, qui peuvent vous en apprendre sur vous. »

Dans la même interview, elle explique son retour à l’écriture, après 20 ans d’absence, par la découverte de Wagner:

« S’il y a eu un tournant dans mon écriture, avant qu’elle ne revienne, cela a été Wagner. Le compositeur avait très mauvaise presse dans ma famille et dans celle de mon mari; on sait l’usage qu’Hitler en a fait. Quelqu’un m’a gentiment offert deux places pour aller voir Tristan et Iseult, il y a 40 ans. Je n’avais pratiquement jamais écouté cette musique et j’ai été complètement éblouie. Une révélation! Cette espèce de profondeur dans le tragique, je ne l’avais jamais atteinte. J’avais un prof de français que j’adorais au Maroc pendant la guerre, Jacqueline Barthe. Elle avait horreur du pathos. Son influence a fait que je m’étais même interdit le tragique. Grâce à Wagner, j’ai eu le sentiment intérieur de tout à fait changer mon style. Un nouveau domaine m’était ouvert. »

Jacqueline Harpman est décédée à Uccle le 24 mai 2012.

Oeuvres

Ce que Dominique n’a pas su

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En 1863, Eugène Fromentin publiait Dominique, fiction autobiographique dans laquelle le héros éponyme raconte son amour impossible, quoique réciproque, pour Madeleine d’Orsel. Aujourd’hui, Julie d’Orsel, sœur cadette de Madeleine et personnage secondaire du roman de Fromentin, toujours vivante puisque «les héros de romans ne meurent jamais», raconte ce que Dominique n’a pas su… Car, si Dominique n’a d’yeux que pour la belle et blonde Madeleine, Julie, «noiraude et petite» selon ses propres mots, l’aime depuis toujours. Et si Madeleine, mariée à Alfred de Nièvres – bon parti et médiocre mari – renonce à son amour pour Dominique, Julie s’interdit d’aimer. Elle voudra au contraire faire le bonheur de sa sœur et ne cesse d’intriguer, mais en vain, pour que Dominique et Madeleine cèdent à leur passion… Julie, femme libre et moderne, féministe avant l’heure, refuse depuis l’adolescence le mariage en même temps que les bigoudis, et privilégie les plaisirs de la chair non contrainte, initiée en ceci, à sa demande, par son cousin, confident, et double masculin, le très libertin Olivier. Narratrice et démiurge de ces liaisons dangereuses, Julie s’insurge contre les conventions de tous ordres, contre l’esprit de soumission de ses contemporaines, contre l’idée d’une vertu nécessairement douloureuse. Et fustige Dominique, égoïste romantique, au fond trop occupé de lui-même et de son propre malheur. Comme le fut Eugène Fromentin.

La dormition des amants

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L’histoire se situe au début d’un dix-septième siècle imaginaire, entre Maria Conception, infante d’Espagne et reine de France, et Girolamo, le narrateur. Girolamo a huit ans lorsqu’il arrive à la cour d’Espagne, rescapé d’un bateau d’esclaves, offert au roi Carlos. Il a été castré, et, gravement malade, il ne survivra que par amour pour la petite princesse qui s’éprend de lui et le soigne. Maria Conception a été élevée par un père ambitieux qui souhaite ardemment que sa fille accède au pouvoir. A quinze ans, formée par les meilleurs professeurs dans toutes les disciplines, elle devient l’épouse d’Edouard, roi de France et arrive à la Cour, bien décidée à conquérir le pouvoir dont son père lui a donné le goût. Elle y parviendra, à force d’audace et d’intelligence, soutenue par Girolamo qui ne la quitte jamais. Nous la verrons s’initier aux finances d’un royaume à demi ruiné par les guerres de religions, sauver une femme en couches, affranchir et anoblir Girolamo, soutenir une guerre de ses deniers et, le moment venu, elle fera abroger la loi salique pour devenir la reine aux deux couronnes – France et Espagne -, tout cela dans un foisonnement de personnages et d’événements. Maria ne tient aucun compte des restrictions que les usages lui imposent: instruite, elle se sert de son savoir pour atteindre ses objectifs dont le premier est d’unifier une Europe déchirée par les guerres. En parallèle à ce récit galopant, un autre récit se déroule, celui de l’amour absolu mais impossible qui unit la reine et son esclave. Ces deux amants qui ne seront jamais amants trouvent une place pour leur passion forcément chaste. Au coeur des nuits, ils dorment enlacés, dans un mélange déchirant de bonheur et de désespoir, corps qui s’étreignent sans pouvoir se prendre. Girolamo soutient tous les projets de Maria Conception et l’accompagnera jusqu’au bout pour mourir à ses côtés et entrer avec elle dans la longue dormition des amants.

Du côté d’Ostende

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C’est une histoire cruelle, brève et sans illusions comme Jacqueline Harpman sait si bien les raconter. Au crépuscule de sa vie, Henri Chaumont, qui a su dissimuler un appétit pour les personnes de son sexe, considère tristement qu’il n’a pas assez vécu: «J’étais un jeune homme plein d’avenir, je suis un homme sans passé; on se gaspille». Des mondanités où ce célibataire se disperse dans un Bruxelles intemporel, serait-ce aujourd’hui ou était-ce hier?, il a eu au moins une amitié féminine qui a résisté au temps, celle qui le liait avec la belle et féroce Emilienne Balthus. Au début du récit, Emilienne meurt, inconsolable depuis toujours d’avoir perdu son amant, le peintre Léopold Wiesbeck. Elle laisse ses carnets qu’Henri découvre, voyageant mentalement au hasard de ses regrets. Ainsi, enchâssé dans l’intrigue principale, se souvient-il aussi du suicide d’un adolescent qui pensait aimer Henri sans espoir de retour. Il n’avait pas compris qu’Henri lui ressemblait. Fatal malentendu!
Il y a quelque chose du Henry James de La Bête dans la jungle dans ce conte macabre, elliptique, immoral, qui n’insiste jamais, mais où l’on se drape de gaieté à chaque deuil, où le sentiment se colore d’un merveilleux gris éternel.

En toute impunité

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Le bonheur peut-il justifier le crime? Le dernier roman de Jacqueline Harpman, qui a l’allégresse cruelle et le mordant satirique des précédents, est une comédie sur le bien et le mal. On aurait pu le nommer: Le diable par la queue ou Les diaboliques. Mais, justement, lorsque le narrateur, un architecte sexagénaire, tombe en panne de voiture non loin de La Diguière, gracieuse propriété construite au dix-huitième siècle et gardée depuis dans la famille, il croit découvrir une famille bohème et désargentée, échangeant les travaux de la toiture contre une chambre d’hôte et de menus services. C’est le lent déclin d’une aristocratie joyeuse. La Diguière est le seul luxe et la seule raison de vivre des trois générations de femmes qui y vivent: «Princesses déguenillées couronnées de liseron, elles régnaient sur les orties, changeaient les citrouilles en Rolls-Royces, les chats en princes et la pauvreté en fantaisie». Quand Albertine, déjà mère et grand-mère, se laisse épouser par un riche entrepreneur, la famille soupire d’aise. Quand le sauveur veut être malgré lui le fossoyeur de l’harmonie architecturale de La Diguière, ces dames ne l’entendent pas de la même manière. Un accident est si vite arrivé… Le crime est dans le pré. En toute impunité!

Moi qui n’ai pas connu les hommes

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« Je me rendais parfaitement compte que je n’avais fait qu’ajouter une question aux autres, mais elle était nouvelle, et cela, dans le monde insensé où je vivais, où je vis toujours, c’était le bonheur », dit l’énigmatique narratrice de Moi qui n’ai pas connu les hommes.
A l’issue de quelle obscure catastrophe quarante femmes se trouvent-elles encagées dans une cave, sous la surveillance muette de gardiens impassibles? Quelles lois régissent leur inéluctable survie, au rythme inintelligible de nuits et de jours artificiels, tandis qu’elles perdent peu à peu le souvenir de leur passé? Quel hasard ou quel dessein ont jeté la narratrice encore enfant parmi ces adultes? Elle est la seule à ne rien savoir, à ne rien se rappeler: c’est pourtant elle qui va réinventer le temps, la pensée, le désir. Donc la révolte, qui restitue l’estime de soi à l’esclave.
La mécanique narrative de ce superbe « thriller logique » est souveraine et soulève l’émotion tant on s’identifie à cette quête obstinée dont l’objet ultime, au coeur d’un mystérieux désert et d’une solitude sans recours, pourrait bien être l’accès à la condition humaine.

L’orage rompu

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Un homme et une femme qui ne se connaissent pas, un tête-à-tête de deux heures dans le TEE Paris-Bruxelles, des vies qui chancellent… Sait-on qui on est? Peut-on quitter sa vie, sa femme, son jardin, pour une inconnue qui fait rêver? Peut-on abandonner sur un coup de tête la quiétude trompeuse des renoncements qui ne disent pas leur nom? Où est le courage? Où est la lâcheté? C’est à ces questions dont les réponses, quelles qu’elles soient, bouleverseront sa vie, que l’héroïne du nouveau roman de Jacqueline Harpman va tenter de répondre. Cornélie rentre chez elle, à Bruxelles, après l’enterrement de son ex-mari. Elle n’éprouve pas de chagrin: ils n’ont pas été heureux et leur divorce est déjà lointain. Au wagon-restaurant, on installe en face d’elle un homme distingué, « épouse au foyer, ulcère à l’estomac », pense-t-elle distraitement, toute à ses souvenirs. La conversation s’engage, d’abord réservée, puis très vite, follement vite, ils découvrent qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Pendant deux heures, ils se racontent, ils se dénudent, ils oublient la pudeur et la réserve. Ils sont entre deux villes, ils voyagent sans bagages et ils ont oublié qu’on arrive toujours. Vont-ils oser? Cornélie est-elle lâche ou raisonnable? Et si le temps tue la passion, faut-il tuer ses passions?

Orlanda

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Comme on sait, jamais femme n’a été homme et jamais homme, femme. Cette Aline Berger, assise à une terrasse de café gare du Nord, comme elle aimerait se loger, esprit et corps, dans la personne, esprit et corps, de ce garçon blond qui, en face d’elle, vient de commander une bière! En attendant, elle lit Orlando de Virginia Woolf. Ah! s’incarner en l’autre! Ah, Je est un autre! Ah, changer de monde en faisant trois pas, jusqu’à la table du voisin! Elle le fait, elle réussit. Jadis, la mère d’Aline avait voulu tuer, dans sa fille, un possible garçon. Tout se passe comme si ce garçon, caché en Aline, venait de s’évader et se préparait à s’accorder tout ce qu’une femme raisonnable et heureuse en ménage se refuse… Voici donc Aline Berger qui s’est coupée, une partie d’elle devenue homme, l’autre partie restée femme. Elle se dédouble, se donne, se reprend, se regarde lire (Orlando). Femme devenue homme en restant femme, elle avoue: « Il est certain que j’ai toujours plus aimé les hommes que je n’osais me l’avouer et je frissonne d’avoir celui-ci à ma disposition… » Qui parle? La part masculine ou la part féminine d’Aline Berger?

Le passage des éphémères

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«Et puis, les Mortels me font tellement pitié! Leur vie est si courte et leur ambition si grande que chacun aurait besoin de plusieurs siècles pour la réaliser… Ils ont à peine le temps d’étudier une maigre partie du savoir humain que déjà la retraite les guette, ils regardent la mort qui arrive, ils écrivent leur testament et se nourrissent de médicaments. Moi, j’ai le temps.» Qui n’a pas rêvé de l’immortalité? Adèle Salazine, l’héroïne de ce roman épistolaire de Jacqueline Harpman, a eu seize ans au seizième siècle. Ses traits pâles et blonds n’ont jamais changé depuis. Prostituée («je baisais sans grossesse et buvais sans ivresse») et infidèle, sautant d’un siècle à l’autre, d’un continent à l’autre, se dissimulant parmi les mortels, étudiante insatiable de tous les savoirs, parlant toutes les langues, la voici en 2001 réfugiée parmi une communauté d’astrophysiciens à l’Observatoire de Bruxelles. Tout l’amuse. Surtout fouiller la correspondance électronique de ses compagnons scientifiques que l’irrationnel effraie. Cependant, elle ne peut se confier qu’à un autre immortel: seraient-ils à eux deux «le seul avenir de l’homme»? Mais comment rester discrète quand on se tranche la gorge et qu’on cicatrise aussitôt? Comment échapper à l’esprit étroit des hommes? Comment ne pas s’émouvoir de leurs jeux, leurs amours brèves, leurs peurs sentimentales? Faut-il mentir à cette femme vieillissante qu’on a vue il y a bien longtemps, il y a trop longtemps… A la fois roman épistolaire, «liaisons dangereuses» des Ephémères et des Immortels, fable contemporaine et féminine, traité sur la vanité de notre résistance au temps, ce livre d’un fantastique au quotidien nous fait voir drôlement nos propres vices, notre horreur de vieillir, notre place si précaire sous les étoiles.

Récit de la dernière année

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Cinquante ans est une échéance difficile. Lorsque Delphine Maubert la voit surgir dans sa vie, elle se dit qu’il est temps de faire le point.
Son mari est mort onze ans plus tôt. Elle vit seule, très proche de sa mère, Pauline, et de ses enfants, Mathilde et Paul. Comme c’est le temps des vacances, elle part pour l’Italie, où elle pense à sa vie, à sa jeunesse surtout…
Au retour, une mauvaise grippe se déclare, guérit mal, et son médecin, François Letellier, découvre un cancer du poumon avancé et irrémédiable.
La mort est conçue comme un scandale qui surgit indûment dans chaque existence. L’auteur accompagne l’héroïne de sa propre colère le long de ce dernier parcours. A côté de Delphine qui s’achemine vers la mort avec un courage étonnant, sa mère et ses enfants, mais aussi Letellier, son médecin, qui va s’éprendre d’elle et l’accompagner jusqu’à la fin. L’approche de la séparation ultime exacerbe les émotions. Les trois générations de femmes forment une triade où chacune tente de donner à l’autre tout ce qu’elle a été. Les hommes, plus timides, finissent par comprendre le jeu et y entrent. On voit se déployer une sorte de folie amoureuse qui monte éperdument jusqu’à la cassure finale.
Ce récit d’une agonie, construit comme une messe mortuaire, n’est jamais morbide: de bout en bout, c’est un cri de passion pour la vie. Un livre magnifique et terrible.
 


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